Le chômage des jeunes : un fléau, pas une fatalité pour le Burundi

vendredi 7 mai 2010,par Jean Bosco Nzosaba

Le Burundi a des atouts pour relever le défi du chômage des jeunes. « Quand vous montez dans la colline, que constatez-vous ? Beaucoup de jeunes sont là, toute la journée, à ne rien faire ou à boire. Et si vous allez aux abords du marché central de Bujumbura, vous trouverez là encore de nombreux jeunes, sortis des universités, battant le pavé dans l’espoir de trouver un quelconque petit travail », fait remarquer le professeur Prime Nyamoya. Dans son analyse des causes principales du chômage, M. Nyamoya relève d’abord la situation économique. L’économie burundaise, souligne-t-il, n’a pas connu de croissance depuis 1959. Et bien sûr, la situation a été sensiblement aggravée par la crise de 1993. La production du café, principale culture d’exportation, a chuté, passant de 14 kilos en 1959 à 2 kilos par habitant en 2010. Et alors qu’en 1979, le produit intérieur brut du Burundi dépassait celui du Rwanda, il lui est aujourd’hui bien inférieur : 120 dollars contre 360 dollars. Le Burundi se situe désormais parmi les quatre pays les plus pauvres du monde, et 60% de son budget annuel provient de l’aide étrangère. Un tel effondrement de l’économie n’est évidemment pas favorable à l’emploi. La deuxième cause est l’absence d’une politique en matière d’emploi. L’économiste déplore que la politique d’emploi ne figure pas dans les priorités du gouvernement. Il cite l’utilisation faite des 90 millions de dollars de la Banque mondiale distribués sous forme de pécule aux démobilisés. Pour Nyamoya, il aurait été plus productif d’utiliser cette somme pour créer des entreprises et pour verser des salaires aux démobilisés. Pour l’économiste, les mentalités expliquent aussi en partie le chômage des jeunes. « La situation n’est plus la même qu’à l’époque de ma jeunesse : à l’époque, on trouvait automatiquement un emploi dans la Fonction publique en sortant de l’université. Aujourd’hui, l’Etat n’engage que 1% des candidats ». Pourtant, les jeunes continuent de croire à un emploi de fonctionnaire. La mentalité des Burundais concernant l’utilisation de l’argent est également en cause. On pense plus à dépenser qu’à investir : « Que fait un Burundais qui vient de toucher 5.000 dollars ? Il s’achète une voiture neuve ! » La dernière cause évoquée est, bien sûr, la démographie incontrôlée. « Au rythme actuel des naissances, la population burundaise aura doublé d’ici 25 ans, d’où un impact énorme sur le partage des terres ». Malgré la gravité de la situation, le professeur Nyamoya ne désespère pas. Le Burundi a des atouts pour sortir de cette impasse : la petite dimension du pays lui permet de se concentrer sur ses problèmes (et non pas, comme les grandes puissances, sur ceux du monde). De plus, le pays dispose des zones exploitables : 300.000 hectares de marais à valoriser, sans oublier la modernisation de l’agriculture et de l’élevage. « Beaucoup de pays, riches aujourd’hui, n’étaient-ils pas pauvres naguère, comme le Japon, la Suède, la Suisse, la Corée du Sud ? » Le professeur Nyamoya fait des propositions pour agir. Il est convaincu que le problème du chômage des jeunes peut être résolu. Pour le milieu rural, il cite un document du PNUD qui préconise la création de 1.000 emplois par commune. Ces emplois seraient affectés à des activités telles que l’exploitation des marais, la reforestation, l’extension des caféiers, la réhabilitation des pistes, la lutte contre l’érosion et autres. Le financement d’un tel projet s’élèverait à cinq milliards de francs burundais, soit seulement 5% du budget national annuel. Toujours pour le monde rural, le professeur Nyamoya dit qu’il serait opportun de créer des hangars de stockage par zone pour sécuriser les récoltes. Pour les jeunes chômeurs instruits, M. Nyamoya propose la création des centres de développement des entreprises dans les établissements scolaires. On y renforcerait les capacités des jeunes à s’auto-organiser pour créer des emplois. Enfin, insiste M. Nyamoya : « A l’heure où notre pays entre dans la Communauté est-africaine, tout jeune diplômé doit avoir les trois compétences de base qui le rendront compétitif sur le marché du travail de demain face à ses concurrents des pays voisins : l’utilisation de l’ordinateur, le permis de conduire et la maîtrise de l’anglais et du kiswahili ». L’économiste est convaincu que ces remèdes peuvent porter des fruits rapidement. Mais à certaines conditions, d’abord qu’ils soient promus et soutenus par une volonté ferme du gouvernement. Il faut aussi que les jeunes changent de mentalité (esprit d’entreprise, fin du rêve de l’emploi dans la Fonction publique pour tous). Enfin, l’Etat doit améliorer la qualité du système éducatif pour qu’il dispense aux jeunes une formation leur permettant de s’adapter au monde actuel.

 

 

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