DECLARATION DES ORGANISATIONS DES PRODUCTEURS AGRICOLES DU BURUNDI, DU RWANDA

vendredi 4 septembre 2009,par Jean Bosco Nzosaba

DECLARATION DES ORGANISATIONS DES PRODUCTEURS AGRICOLES DU BURUNDI, DU RWANDA ET DE LA RD CONGO

Dans le cadre du lobbying et plaidoyer pour la prise en compte des intérêts des producteurs agricoles ; Nous, organisations des producteurs agricoles des trois pays (le Burundi, le Rwanda et la RD Congo) représentées par :
  Le Forum des Organisations des Producteurs Agricoles du Burundi « FOPABU en sigle », regroupant les organisations : CAPAD, CNAC, APROPABU, CAPRI, appuyés par INADES, ADISCO, ACORD, CONSEDI et FORSC d’une part ;
  Le Réseau des Organisations Paysannes du Rwanda « ROPARWA » regroupant les organisations : UCORIRWA, BAIR, la Fédération IMBARAGA, UDAMACO, UNICOPAGI, IMPUYAKI et le Syndicat INGABO ;
  La Fédération des Organisations des Producteurs Agricoles du Congo « FOPAC en sigle » regroupant les organisations : SYDIP, FAT/GL, COONCENKI, UCOOPANOKI, UWAKI, LOFEPACO, ACODRI, CODEZ, UPADERI, APREDECI, CRP-MAS/Kivu, ASP, d’autre part ; Avons tenus en date du 31 août au 2 septembre dans les enceintes de l’Université Lumière de Bujumbura, Campus Kinindo, un atelier régional portant sur l’analyse des problèmes communs rencontrés par les producteurs agricoles et qui constituent un frein au développement durable de ce secteur. Au cours des échanges, il a été constaté que le secteur agricole fait vivre plus de 90% de la population, participe à plus de 50% du PIB et procure au pays plus de 80% des recettes d’exportation. Les politiques et les programmes agricoles existent dans les trois pays mais force est de constater que les préoccupations et les intérêts des producteurs ne sont pas pris en compte car les organisations des producteurs agricoles ne sont pas impliquées dans leur élaboration et/ou exécution. Pourtant, le souci de développement d’une agriculture familiale, durable, respectueux de l’environnement en vu de garantir une souveraineté alimentaire et un développement durable anime les organisations des producteurs Agricoles de la région des Grands Lacs. Cinq préoccupations majeures ont été identifiées par les organisations paysannes : 1. L’accès aux intrants ; 2. La sécurisation foncière ; 3. L’accompagnement technique et le renforcement des capacités des OP ; 4. Le financement agricole ; 5. Le rôle et la place du mouvement paysan dans le développement.

1. L’accès aux intrants

Sous ce point les problèmes identifiés sont les suivants : la non disponibilité des intrants agricole et d’élevage en qualité et en quantité suffisante et à temps, les taxes élevées sur l’importation des intrants, le non contrôle de la qualité des intrants distribués au niveau local, la non maîtrise de l’utilisation des intrants, le coût élevé des intrants et le faible pouvoir d’achat des producteurs agricoles, le manque de cartes pédologiques actualisées.

Face à ces problèmes les participants demandent aux gouvernements : l’exonération totale des intrants et leur subvention selon les spécificités par pays , la mise en place d’une politique claire d’approvisionnement en intrants, l’orientation des recherches selon les besoins des producteurs, la production d’une carte pédologique actualisée, la professionnalisation des commerçants d’intrants.

2. La sécurisation foncière

Sous ce point les participants ont identifiés les problèmes suivants : les politiques foncières viennent d’en haut et ne tiennent pas compte des aspirations des producteurs agricoles, l’accès de la femme à la terre constitue encore un défis,l’obtention des titres fonciers suit de longues procédures parfois budgétivores

Face à ces problèmes les participants demandent : impliquer la base dans l’élaboration et amendement des lois relatives aux questions foncières, encourager l’harmonisation des lois et coutumes, l’accès durable des femmes à la terre et instaurer le système du cadastre et zonage agricole.

3. L’accompagnement technique et le renforcement des capacités des OP Sous ce point les participants ont identifies les problèmes suivants : L’inadaptation des outils de vulgarisation agricole aux réalités locales (producteurs agricoles analphabètes), le manque d’un cadre de concertation public- privé. Face à ces problèmes les participants demandent : la traduction en langue locale et la vulgarisation des politiques et des lois du secteur agricole, la mise en place des conseils agricoles ruraux/cadre de concertation public-privé entre les producteurs agricoles et l’administration là ils n’existent pas et les dotés des moyens là où ils existent.

4. Le financement agricole

Sous ce point les participants ont identifié les problèmes suivants : l’absence des produits financiers adaptés aux petits exploitants, le taux d’intérêts très élevé et la garantie exigée par les micro finances, l’absence des banques agricoles, le budget alloué au secteur agricole est de loin inférieur à celui prévu dans les accords de MAPUTO. Face à ces problèmes les participants demandent : de vulgariser les informations sur les opportunités existantes de financements agricoles, de mettre en place un fonds de garanti des producteurs agricoles, de créer des banques agricoles dans chaque pays, de respecter l’application des accords de MAPUTO consacrant l’allocation de 10 % du budget des gouvernements dans le secteur agricole.

5. Rôle et place du mouvement paysan dans le développement

Sous ce point les participants ont identifié les problèmes suivants : le mouvement paysan n’est pas accompagné par le pouvoir public, la menace des écosystèmes par les biocarburants et OGM, l’expropriation des concessions des pauvres au profit des riches et firmes internationales. Face à ces problèmes les participants demandent : le soutien technique et financier aux Organisations paysannes, le renoncement aux conventions signées ou envisagées sur les biocarburants et les OGM.

De manière globale les participants recommandent ce qui suit : I. Aux décideurs politiques des trois pays (Burundi, Rwanda et RD Congo) : 1. L’implication des Organisations Paysannes dans l’élaboration et amendement des lois relatives au secteur agricole ;

2. La collaboration des institutions de recherche et les Organisations Paysannes pour la vulgarisation des innovations en matière de recherche agronomique et la valorisation du savoir paysan ;

3. Le respect des accords de MAPUTO, spécifiquement l’allocation de 10 % des budgets des gouvernements dans le secteur agricole ;

4. La mise en place des infrastructures agricoles adéquates ;

5. Le renoncement aux conventions signées ou envisagées sur les biocarburants et les OGM ;

6. La mise en place d’un cadre de coordination dans le secteur agricole ;

7. La mise en place d’un cadre de concertation entre les Organisations Paysannes et les ministères ayant à leur charge les questions relatives aux politiques agricoles dès l’entité territoriale décentralisée jusqu’au sommet de l’Etat ;

8. L’accompagnement des mesures d’encadrement de la femme pour sa participation dans les organes de décision ;

9. La création des banques agricoles ;

10. La diminution du taux d’intérêts sur le crédit agricole II. A la CEPGL

11. De faciliter les études fiables sur les risques liées aux aléas climatiques et à l’environnement (le gaz méthane, inondations, éruption volcanique,…)

12. De faciliter les échanges entre les réseaux des producteurs agricoles de la sous région

13. D’organiser les conférences sur le développement agricole de la sous région entre les producteurs et les décideurs politiques ;

14. Traduire en langues locales et vulgariser les textes régissant la CPGL auprès de la population de la sous région.

III. Aux bailleurs et aux autres intervenants du secteur :

15. De lutter contre l’agro-carburant, les OGM et la vente des terres aux pays riches ;

16. De faciliter les activités des réseaux des producteurs agricoles de la sous région

Fait à BUJUMBURA, le 02/09/2009 Les participants

 

 

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